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Guignol's band (préface)

Lecteurs amis, moins amis, ennemis, Critiques ! me voilà encore des histoires avec ce Guignol's livre I ! Ne me jugez point de sitôt ! Attendez un petit peu la suite ! le livre II ! le livre III ! tout s'éclaire ! se développe, s'arrange ! Il vous manque tel quel les 3/4 ! Est-ce une façon ? Il a fallu imprimer vite because les circonstances si graves qu'on ne sait qui vit qui meurt ! Denoël ? vous ? moi ? ... J'étais parti pour 1200 pages ! Rendez-vous compte !
"Oh ! il fait bien de nous prévenir ! nous n'achèterons jamais cette suite ! Quel voleur ! Quel livre raté ! Quel raseur ! Quel guignol ! Quel grossier ! Quel traître ! Quel juif !"
Tout.
Je sais, je sais, j'ai l'habitude... c'est ma musique !
Je fais chier tout le monde.
Et s'ils l'apprennent au bachot, dans deux cents ans et les Chinois ? Qu'est-ce que vous direz ?
"Oh, mais là, pardon ! l'esprit fort ! Et les trois points ! ah ! vos trois points ! encore partout ! ah ! quel scandale ! Il nous mutile la langue française ! C'est l'infamie ! En prison ! Rendez-nous le pognon ! Dégueulasse ! Il lèse tous nos compléments ! Saligot ! Ah ! que ça va mal !"
Séance horrible !
"Pas lisible ! Satyre ! Jean-foutre ! Escroc !"
Pour le moment.
Voilà Denoël qui s'apporte, hors de lui ! ...
"Mais dites j'y comprends rien du tout ! ah ! mais c'est terrible ! pas possible ! Je ne vois que des bagarres dans votre livre ! C'est même pas un livre ! nous allons droit au désastre ! Ni queue ni tête !"
Je lui apporterais le Roi Lear qu'il y verrait que des massacres.
Qu'est-ce qu'il voit lui dans l'existence ?
Et puis ça se tasse... tout le monde s'y fait ! ... et tout s'arrange... A la prochaine !
Chaque fois c'est le même pataquès. Ca vocifère et puis ça se calme. Ils aiment jamais ce qu'on leur présente. Ca leur fait mal ! ... Oh là youyouye ! ... ou c'est trop long ! ... ça les ennuye ! ... toujours quelque chose ! ... C'est jamais ça ! et puis d'un coup ils en raffolent ! ... Allez-y voir ! Retournez-vous le sang ! c'est tout caprices ! Je compte moi qu'il faut une bonne année pour que ça mûrisse... que chacun aye dit son fort mot, éjecté sa bile, bien propagé sa petite connerie, dégorgé... Puis le silence... et cent, deux cent mille l'achètent... catimini... le lisent... se chamaillent... vingt mille l'adulent, l'apprennent par coeur... c'est le Panthéon !
Le même scénario tout les coups.
Mort à crédit fut acceuilli, qu'on s'en rappelle, par un de ces tirs de barrage comme on n'avait pas vu souvent, d'intensité, de hargne et fiel ! Tout le ban, le fin fond de la Critique, au sacré complet, calotins, maçons, youtrons, rombiers et rombières, binocleux, chuchoteux, athlètes, gratte-culs, toute la Légion, toute là debout, bagarde, déconnante l'écume.
L'hallali !
Et puis ça se tasse et voyez-vous à l'heure actuelle Mort à crédit est plus en cote que le Voyage. Il nous bouffe même tout notre papier ! Il fait scandale !
Ainsi les choses...
"Ah ! mais y a les "merde" ! Grossièretés ! C'est ça qu'attire votre clientèle !
- Oh ! je vous vois venir ! C'est bien vite dit ! Faut les placer ! Essayez donc ! Chie pas juste qui veut ! Ca serait trop commode !"
Je vous mets un petit peu au courant, je vous fais passer par la coulisse pour que vous vous fassiez pas d'idées... au début je m'en faisais aussi... maintenant je m'en fais plus... l'expérience.
C'est même drôle ça bavache s'échauffe là tout autour... Ca discute des trois points ou pas... si c'est se foutre du monde... et puis encore et ci et ça... le genre qu'il se donne ! ... l'affectation... etc. et patati ! ... et les virgules ! ... mais personne me demande moi ce que je pense ! ... et l'on fait des comparaisons... Je suis pas jaloux je vous prie de le croire ! ... Ah ! ce que je m'en fous ! Tant mieux pour les autres de livres ! ... Mais moi n'est-ce pas je peux pas les lire... Je les trouve en projets, pas écrits, mort-nés, ni faits ni à faire, la vie qui manque... c'est pas grand-chose... ou bien alors ils ont vécu tout à la phrase, tout hideux noirs, tout lourds à l'encre, morts phrasiques, morts rhétoreux. Ah ! que c'est triste ! Chacun son goût.
Au diable l'infirme ! vous direz-vous... Je vous passerai mon infirmité, vous pourrez plus lire une seule phrase ! Et puisqu'on est dans les secrets je vais encore vous en dire un autre... abominable alors horrible ! ... vraiment, absolument funeste... que j'aime mieux le partager tout de suite !... et qui m'a tout faussé la vie...
Faut que je vous avoue mon grand-père, Auguste Destouches par son nom, qu'en faisait lui de la rhétorique, qu'était même professeur pour ça au lycée du Havre et brillant vers 1855.
C'est dire que je me méfie atroce ! Si j'ai l'inclinaison innée !
Je possède tous les écrits de grand-père, ses liasses, ses brouillons, des pleins tiroirs ! Ah ! redoutables ! Il faisait les discours du Préfet, je vous assure dans un sacré style ! Si il l'avait l'adjectif sûr ! s'il la piquait bien la fleurette ! Jamais un faux pas ! Mousse et pampre ! Fils des Gracques ! la Sentence et tout ! En vers comme en prose ! Il remportait  toutes les médailles de l'Académie Française.
Je les conserve avec émotion.
C'est mon ancêtre ! Si je la connais un peu la langue et pas d'hier comme tant et tant ! Je le dis tout de suite ! dans les finesses !
J'ai débourré tous mes "effets", mes "litotes" et mes "pertinences" dedans mes couches...
Ah ! j'en veux plus ! je m'en ferais crever ! Mon grand-père Auguste est d'avis. Il me le dit de là-haut, il me l'insuffle, du ciel au fond...
"Enfant, pas de phrases !"
Il sait ce qu'il faut pour ça tourne. Je fais tourner !
Ah ! je suis intransigeant farouche ! Si je retombais dans les "périodes" !... Trois points !... dix ! douze  points ! au secours ! Plus rien du tout s'il le fallait ! Voilà comme je suis !
Le jazz a renversé la valse. L'Impressionnisme a tué le "faux-jour", vous écrirez "télégraphique" ou vous écrirez plus du tout !
L'Emoi c'est tout dans la Vie !
Faut savoir en profiter !
L'Emoi c'est tout dans la Vie !
Quand on est mort c'est fini !

LF Céline

13:17 - 21/01/2008 - commentaires {1}

Thomas Mann, passages choisis

"l'insuffisance, certes il l'avait dès l'adolescence tenue pour l'essence même, le fond intime du talent."

"L'alliance d'une conscience professionnelle austère et de troubles, d'impulsives ardeurs, avait fait de lui un et cet artiste."

"pour qu'une oeuvre de haute intellectualité agisse immédiatement et profondément sur le grand public, il faut qu'il y ait secrète parenté - voire même identité entre le destin personnel de l'auteur et le destin anonyme de sa génération."

(in La mort à Venise)

***

Cet "un et cet" dans la 2e citation est superbe d'initiative. Bon, et prochaines de mes lectures : "les racines du ciel" et "le degré zéro de l'écriture" de Barthes.

18:43 - 7/01/2008 - commentaires {1}

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